
Que manger à J-1 avant un trail ou un marathon ?

Vincent Jourdan
Diététicien · Chaville
Semaine de course : l'assiette devient source d'inquiétude
Vous avez des mois d'entraînement derrière vous, et pourtant une question vous trotte dans la tête : « Et si je mangeais mal avant le départ ? » Cette appréhension est très répandue chez les coureurs d'endurance. Un ventre qui gargouille, une lourdeur, la peur de la panne ou du ravitaillement mal toléré : tout cela peut peser sur le mental avant même la ligne de départ.
Nous le constatons régulièrement au cabinet à Chaville : la semaine de course donne parfois envie de tout changer, alors que le corps apprécie souvent la régularité.
Ce que font certains coureurs en semaine de compétition
Il n'existe pas de règle universelle. Voici toutefois des habitudes que certains sportifs adoptent, et que nous les invitons à adapter à leur situation :
- Rester proche de leur alimentation habituelle durant les premiers jours de la semaine, sans révolution de dernière minute.
- Augmenter progressivement la part de glucides (pâtes, riz, pain, pommes de terre, semoule) dans les deux ou trois jours précédant la course, souvent en parallèle d'une réduction du volume d'entraînement.
- Ne pas sauter de repas, pour éviter d'arriver à J-1 avec une grosse faim et de compenser en excès.
- Boire régulièrement tout au long de la journée plutôt qu'en grande quantité d'un coup.
- Limiter les aliments testés pour la première fois : nouvelle recette, plat exotique, produit de salon du coureur.
Pourquoi la régularité rassure
Les besoins varient beaucoup selon le poids, la durée de l'effort (un marathon de 3 h 30 n'a rien à voir avec un trail de 80 km), la sensibilité digestive et le contexte de la course. C'est pourquoi les repères généraux ont leurs limites : ce qui convient à un partenaire d'entraînement ne convient pas forcément à vous.
Au fond, la semaine de course est moins un moment pour innover qu'un moment pour retrouver ce que vous connaissez et tolérez bien.
La veille de la course : repas, horaires et sérénité
La veille, de nombreux coureurs cherchent à arriver au départ avec des réserves d'énergie confortables, sans inconfort digestif. Ce n'est pas le moment de « se goinfrer » : certains préfèrent répartir les apports sur la journée.
Des habitudes courantes à J-1
- Un petit-déjeuner et un déjeuner habituels, avec une source de glucides à chaque repas.
- Un dîner relativement tôt, souvent deux à trois heures avant le coucher, pour laisser le temps à la digestion.
- Des fibres modérées : certains coureurs préfèrent privilégier le riz blanc, les pâtes classiques ou le pain plus clair la veille, afin de limiter les gaz et les inconforts, surtout s'ils ont un ventre sensible.
- Peu d'aliments très gras, très épicés ou très riches, que certaines personnes digèrent plus lentement.
- Pas d'alcool pour la plupart, car il peut perturber le sommeil et l'hydratation.
Le meilleur repas de la veille est rarement le plus original : c'est celui que votre corps a déjà rencontré à l'entraînement.
Exercice : la répétition générale du repas (à tester dès maintenant)
Plutôt que de découvrir vos réactions le jour J, vous pouvez les observer lors d'une sortie longue.
- La veille d'une sortie longue (idéalement 2 h ou plus), prenez le repas que vous envisagez pour J-1, à l'horaire prévu.
- Le matin, mangez le petit-déjeuner de course envisagé, environ 2 h 30 à 3 h avant le départ de la sortie.
- Notez dans un carnet, juste après la sortie : ce que vous avez mangé, à quelle heure, votre niveau d'énergie sur une échelle de 1 à 10, et tout inconfort digestif.
- Répétez deux ou trois fois pour repérer ce qui revient.
Un geste simple contre l'anxiété du repas
Si la tension monte à table, essayez cette respiration avant de manger : asseyez-vous, inspirez par le nez pendant 4 secondes, expirez doucement par la bouche pendant 6 secondes. Répétez 10 fois, soit environ 1 minute 40. Certaines personnes trouvent qu'elle contribue à aborder le repas plus calmement.
Ces pistes restent des repères généraux et ne remplacent pas un avis adapté à votre situation.
Quand consulter ?
Vous vous reconnaissez peut-être dans l'une de ces situations :
- Vous avez déjà eu des troubles digestifs en course et vous redoutez que cela se reproduise.
- Vous ne savez pas quoi manger ni en quelle quantité à J-1, et les conseils lus ici ou là se contredisent.
- Vous perdez l'appétit ou vous sentez très stressé à l'approche du départ.
- Vous suivez un régime particulier (végétarien, sans gluten…) ou avez une situation médicale qui complique les choix.
- Vous préparez un premier marathon ou un ultra-trail et souhaitez construire un plan alimentaire réaliste.
Au cabinet de Chaville, nous prenons le temps d'échanger sur vos habitudes, votre calendrier d'entraînement, vos sensations digestives et vos contraintes pour vous aider à y voir plus clair. Si une question de santé se pose, nous vous encourageons aussi à en parler à votre médecin. N'attendez pas la dernière semaine : plus la réflexion démarre tôt, plus il y a de temps pour tester sereinement.